La force comique ou dévastatrice des grands films de Buñuel tient à une alliance de l’humour du détail et de l’ironie de la fable. L’effet est immanquablement une distance créée à l’égard du récit, un appel à !a réflexion et à la jubilation du spectateur. Simon du désert ne faillit pas à cette règle. Il s’agit ici d’un condensé de Buñuel, d’une force explosive inconnue peut-être, à ce degré, depuis L’Âge d’or. Avec une simplicité déconcertante, Buñuel aligne les séquences dans un savoureux carrousel d’idées, de situations, de gags provocateurs, tous marqués au sceau du style le plus classique qui soit. A la sérénité de la forme correspond une sérénité du regard, Buñuel renvoyant à leurs études sophistiques tous ceux qui ont toujours tenté de l’annexer. Simon du désert est une œuvre blasphématoire, la dernière manifestation, et non la moins virulente de «Ecrasons l’infâme», qui témoigne du courage, de la révolte et bien entendu de la dignité de l’homme. C’est aussi un immense appel à vivre. M. C.